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 Amicale des Anciens de l'Ecole Normale de Nivelles

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Les histoires de Jean Delahaut

 


Les mémoires d'un cancre

Textes choisis

 

 

Souvenirs d'internat

Quand un ardenais entre dans un internat , quel qu'en soit le lieu, il s'adapte vite, et dès le moment où l'occasion se présente, il est là pour monter la grosse blague dont il a le secret marqué à titre définitif dans ses gênes ... Cette année là, Jean avait été inscrit dans l'internat d'une vieille école. Il n'avait pas fallu longtemps pour qu'il apporte un petit étau et des limes fines permettant la fabrication de fausses clés. Oh, non pas dans le but d'un quelconque cambriolage, mais tout simplement pour permettre les incursions dans des lieux interdits ... Par exemple, pour prendre un bain de minuit, tout nu, dans la piscine de l'établissement ... ou pour déplacer des objets dans la salle des professeurs, pour donner l'impression qu'un fantôme avait dû passer par là.

L'exposition
Aussi, pour visiter les greniers. C'est fou ce que pouvaient receler les greniers de cette vieille école: des travaux d'élèves de toutes sortes, qu'on prélevait, en notant l'endroit, pour tout simplement les recopier puis les remettre en place (parfois avec la surprise que la cote mise par le professeur, le même, en 1947 pouvait avoir nettement changé, en bien ou en mal, en 1950 ...)
C'est dans ce grenier que Jean et Marcel avaient découvert de grands panneaux didactiques, représentant toutes les grandes figures de l'antiquité. il y avait là Socrate dans son tonneau, Jules César en jupe courte et Godefroid de Bouillon à la barbe fleurie ...
Au centre de l'école se trouvait une rotonde, grande salle, carrefour de tous les couloirs ...
Un matin, directeurs et professeurs ont trouvé la rotonde entièrement décorée: tous les grands personnages étaient descendus du grenier et montaient la garde, grandeur nature, tout au plus un peu défraîchis par leur demi-siècle de repos dans les greniers ...
Tout le monde a bien ri, sauf peut-être Camille, l'homme à tout faire, qui a dû, cette fois-là, tout remettre en place.

La clenche dorée
Le dortoir était une grande salle xonstituée de chambrettes contigües comprenant chacune un lit, une armoire et un lavabo. Les cloisons étaient en dur et montaient seulement jusqu'à deux mètres cinquante. Les portes extérieures, alignées sur une centaine de mètres, étaient peintes dans un brun caserne et elles comportaient une simple poignée.
Ce jour-là, le directeur avait réuni les internes. Il leur avait tenu les propos suivants: "Un de ces jours, je ferai ma visite annuelle des dortoirs. Je vous rappelle que tout doit être parfaitement en ordre. Votre évier doit être impeccable et pour me le prouver, chacun doit être capable de me présenter sa boîte de Vim..."
Evidemment, chacun s'était mis au travail pour éviter les retenues qui étaient au programme pour les négligents...
Les idées machiavéliques peuvent germer dans de telles circonstances...
Jean, ayant terminé ses nettoyages, tournait, ne sachant plus que frotter. C'est alors qu'il a repéré la clenche, large poignée couverte de la même peinture que la porte... En grattant un peu avec une de ses limes, il s'était aperçu qu'on avait peint de brun la clenche en cuivre... Avec son tournevis, il l'avait détachée, puis décapée avec soin. Le lendemain, il se procurait du Sidol et rendait à l'objet son éclat original. La clenche avait été reposée et ... il n'avait rien dit à personne.
Il fallait voir cet alignement de cent clenches brunes aves, là, dans le premier tiers , un objet insolite, brillant de tous ses éclats, un peu comme si cette chambrette appartenait à une quelconque perosnnalité...
Le directeur passa son inspection, vit la clenche et resta interloqué ... Fallait-il punir ? Féliciter ?
Il jugea bon de ne rien dire. Et la clenche resta récurée.

Les ficelles
Imaginez une boule de ficele. De la ficelle de facteur. Elle est là, dans la rue de Namur, par terre, tombée sans doute du sac d'un quelconque passant.
Jean la ramasse et la met dans sa poche.
Et il commence à rêver.
A cette époque, à l'internat, le soir, il y avait étude jusqu'à 21 heures. Après, on pouvait continuer l'étude dans des classes, sous la surveillance de "délégué". C'était une nouvelles invention dans le cadre d'un self-government, comme ils appelaient cela.
On se faisait des blagues, nous l'avons dit, mais il était dans la classe un Frédéric contre qui rien ne pouvait se passer. Il était si bien oprganisé, tout était tellement en ordre dans ses affaires, qu'on arrivait pas à le prendre en défaut.
La boule de ficelle fut le déclic.
Nous avions remarqué que sa chambrette dans le dortoir, était exactement au-dessus de la salle de classe où se tenait cette étude sans surveillance.
Et ce fut le machiavélique montage.
Pendant la journée, toujours avec les fausses clés, on se rendit au dortoir et on pénétra dans sa chambrette, rangée comme un sou neuf. Le lit était refait avec sa couverture bien bordée au-dessus de l'oreiller.
On repéra les lieux, puis on ouvrit, pour coudre (oui, coudre! Il ne fallait pas d'épaisseur) la ficelle aux deux coins de la pliure. La ficelle partait vers le fond du lit et là, dans le coin attendait la boule entière. Il fallait alors la faire passer par la bouche d'aération qui tranperçait le mur. Ce fut périlleux: on se mit à deux pour tenir l'ami Marcel par les jambes qui, pendu dans le vide attendait l'arrivée de cette ficelle qui devait passer le mur. La ficelle sortie, on la laissa descendre. Elle tombait tout à côté de la classe.
puis on attendit le soir. Il fallait que Frédéric ne se doute de rien et monte avant nous. A 21 heures, chacun se mit à replier ses objets et sans rien dire à monter au dortoir ... Frédéric se trouvant seul se décida aussi à monter: nous avions gagné. Car une fois dans sa chambrette, il suffit d'un signal pour que nous redescendions tous.
L'attente fut longue. Il fallait qu'il soit dans son premier sommeil. Plus rien ne bougeait, c'tait le silence.
Alors, Jean d'un geste brusque tira sur la ficelle.
Imaginez: vous êtes seul dans votre chambre et tout à coup vous voilà avec toute votre literie dans le fond du lit...
On avait rêvé le futur. D'après notre avais à tous, il allait reprendre ses couvertures et les remonter.
Et l'on vit la ficelle remonter.
Cette ficelle qui remonta ce soir-là fut un des plus beaux moments de mon existence. Quelle jouissance !
Et, évidemment, c'était prévu, on tira une nouvelles fois.
C'en fut trop. On entendi un tintamarre dans l'étage au-dessus et Frédéric découvrit le pot aux roses.
Il descendit en pyjama pour trouver toute la classe hilare.
Un petit bonheur était passé.

 






 

 
 
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